Je suis à l’affût de chaque rêverie. Afin de pouvoir saisir la chose qui va déclencher la flamme poétique et qui me fera me mettre au travail.

J’imagine l’objet. Plus sensible que réel. Puis il y a le tri, je sais que c’est ça ou que ce n’est pas ça. Mais quand je me mets au travail, je n’ai plus de doute : ce sera bon. À mon avis bien sûr.

Pour réaliser, il faut une base. Pour moi c’est le dessin. Bien que cette forme d’expression ne me satisfasse pas. Mais le dessin c’est le support de l’élan. Dessiner l’idée c’est la concrétiser. J’apprends ensuite ce dessin. Je le calque dans ma tête, sur mes mains. Quand j’arrive à l’atelier c’est comme si c’était fait.

Le matériau s’oppose à mes désirs. Parce qu’il possède ses règles, sa sensibilité. Il m’entraîne forcément vers son lieu…

Et moi je ne renonce pas au rêve, c’est vache…

Chaque élément détruit l’autre et crée sa contradiction.

Je pars de l’accident. Dans les limites du détail, certes. Mais les détails dans l’œuvre sont importants. Ils sont toute la sensibilité de l’objet.

Il y a toujours dans une œuvre quelque chose qui n’est pas dit.

Quelle liberté avons-nous, nous créateurs ? La liberté pour un artiste c’est un problème de temps. De temps non rentable : les rêves, les ébauches, le tri. Cela devient de plus en plus impossible. Il faut vivre, c’est-à-dire manger, s’habiller… comme tout le monde. Alors parfois il faut « rêver » de force, de 9 heures à 16 heures et de 14 heures à 19 heures, et produire des objets sur commande. En fait, nous n’avons plus que quelques libertés qui s’inscrivent dans un carcan financier.

Si la société change, quelque chose changera c’est sûr.

par Jean-Claude Izzo, La marseillaise, janvier 1976.
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